15/07/2008

La dragonne et la poupée

Pour une fois, on va faire une petite exception, et jouer dans une autre cour, c'est l'été, mes envies d'évasion sont forcément rangées au placard, car trop de boulot, donc on s'échappe comme on peut: voici donc un petit conte pour grands et petits enfants 

 

Il était une fois ( car c’est ainsi que commencent tous les contes …), une dragonne qui dans sa tanière se sentait bien seule. Pour occuper ses journées et sa vie, son plus cher désir était d’avoir à sa disposition un petit être dont elle pourrait s’occuper et qui ferait l’admiration de tous, une petite chose fragile à exhiber, pour montrer que son existence de dragonne était loin d’être vaine et sans joie.

Par une nuit claire et sans nuage, elle mit au monde une exquise petite créature, une vraie petite poupée de magasin. Boucles blondes, teint de lait, joues roses et deux mignonnes petites prunelles bleues. Mais derrière ces yeux là, derrière leur azur, brillait une étrange lueur.

La dragonne, toute à sa nouvelle occupation, ne le décela pas…. trop occupée à faire admirer sa petite, si menue poupée, ses toutes petites mains, ses minuscules pieds. Trop affairée à l’habiller de jolis tissus, à mettre des rubans dans ses cheveux d’or. La poupée se tenait bien sage, évitait de sortir de son rôle d’enfant modèle, le costume sur mesure que la dragonne lui avait patiemment confectionné. Si par malheur elle osait commettre le moindre faux pas, les rugissements et  parfois, le feu jaillissant de la gueule de la dragonne , lui faisait vite reprendre son sourire figé de poupée parfaite.

Mais dans son corps, la poupée le sentait, elle était à l’étroit. Son coeur prenait trop de place.

Des changements commençaient à s’opérer en elle, là où tout n’était que rondeurs enfantines commencèrent à apparaitre d’autres formes, d’autres pleins et déliés. Lentement, mais sûrement, le changement s’opérait. Elle ne serait plus une poupée bien longtemps.

Au début, la dragonne ferma les yeux, ne pouvant un instant imaginer qu’une poupée puisse grandir . Puis elle dût se rendre à l’évidence, et elle usa de tous les subterfuges pour maintenir la poupée dans son monde enfantin pour toujours. Elle lui fit porter de lourdes chaines,l’entrava de toutes les manières possibles, comprima son corps dans des vêtements trop petits pour elle…

Mais la poupée, malgré tout, continua de se développer, elle perdit ses boucles blondes, le rebondi de ses joues, prit un air grave et triste, mais derrière ses prunelles dont l’azur s’était grisé, un feu couvait toujours…

Et enfin, un jour, un prince qui n’était pas charmant, mais presque, remarqua la poupée, encore engoncée dans ses habits obsolètes, la trouva à son goût et entreprit de la séduire.

Le coeur de la poupée trouvait enfin de quoi faire résonner l’amour qu’elle avait trop longtemps retenu, et de cette explosion, une nuit, elle fut femme.

La dragonne eut beau hurler, cracher, promettre divers chatiments et peines, ils s’enfuirent , main dans la main, …

Tous les deux se sont aimés dés le premier regard, elle a pansé ses blessures, il a compris ses fêlures. Et ensemble, ils regardent vers demain.

16:04 Écrit par sandrine dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : conte, evasion |  Facebook |